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Dernièrement en Normandie

La mobilité de demain s’imagine (aujourd’hui) en Normandie

La mobilité de demain s’imagine (aujourd’hui) en Normandie

©Jean-Brice Lemal - juin 2018

En octobre 2017, différents acteurs du territoire rouennais se sont associés pour créer le Rouen Normandy Autonomous Lab. L’objectif ? Lancer les expérimentations du premier service de mobilité à la demande sur routes ouvertes, avec des véhicules autonomes électriques accessibles au public. Septembre 2018, c’est chose faite : l’expérimentation s’ouvre au public, avec une cinquantaine de citoyens représentatifs de la population. Le point avec Peggy Louppe, présidente de Transdev Rouen, sur cette première européenne, qui place Rouen et la Normandie comme pionnières de la mobilité de demain.

L’ambition d’un territoire

 « Le projet est né initialement d’une volonté commune de Transdev et de la Métropole de Rouen de se positionner sur un projet très innovant dans le cadre des smart cities » explique Peggy Louppe, présidente de Transdev Rouen, opérateur du système de transport public sur la métropole. Cette proposition, ambitieuse, a notamment pour objectif de compléter par un mode innovant le service de transport public là où ce dernier trouve ses limites. « C’est la logique du premier/dernier kilomètre et c’est l’une des solutions pour que les aient vraiment le choix, à terme, de ne plus utiliser leur véhicule personnel. » Les acteurs du projet, tous profondément ancrés sur le territoire, sont multiples et offrent ainsi un partenariat d’un nouveau genre.

Un projet de ce type est véritablement transformant et a une chance de se concrétiser s’il est profondément ancré dans les opérations actuelles. Il nous faut allier mobilité au quotidien et celle de demain afin que tous se l’approprient 

Si toutes les parties prenantes travaillent sur l’ensemble du projet, chacune y consacre particulièrement son expertise : Transdev, pilote naturel du projet pour superviser et gérer les flottes, et exploiter ce futur service, l’expérimentation s’appuyant sur une délégation de service public ; le groupe Renault sur les véhicules (des Zoé électriques) et leur équipement technologique ; la Matmut sur l’assurance du système, la réflexion sur les responsabilités de demain et le défrichage sur les questions de responsabilités ; la Métropole de Rouen sur les infrastructures connectées et l’ambition d’offrir à ses habitants de nouveaux modes de mobilité, sans oublier la Région Normandie et la Banque des Territoires, dans l’accompagnement financier. Un ancrage territorial qui va jusqu’au choix du lieu de l’expérimentation puisque c’est dans le quartier du Technopôle du Madrillet, à Saint-Etienne-du-Rouvray, que les trois parcours ont été identifiés.

©Jean-Brice Lemal - juin 2018

Innovation technologique et urbaine

Ces véhicules autonomes, 4 Zoé électriques développées par Transdev et Renault, fonctionnent via une application, qui permet de commander la course d’un point à un autre. « Ce n’est pas un véhicule personnel, nous sommes sur du transport public, donc partagé » avertit Peggy Louppe. « Il y a un nombre d’arrêts déterminés, à l’instar d’un bus, pour un trajet d’un arrêt prédéfini à un autre. » Trois boucles ont ainsi été fléchées. Une première boucle de 4 arrêts, d’environ 2km, dans la zone étudiante ; une deuxième boucle, qui présente plusieurs défis, « le franchissement de feux tricolores ainsi que d’une zone non couverte en 4G » près de commerces et d’habitations puis une troisième boucle, qui relie le terminus du tram au terminus de la ligne de bus TEOR (T4), en construction.

L’objectif est de relier, à terme, les modes de transport entre eux, et de les finaliser en 2019

17 arrêts seront ainsi répartis sur ces trois parcours, d’une longueur totale de 10km. Côté fonctionnement, les véhicules autonomes, équipés de nombreux capteurs, interagissent avec les infrastructures également connectées. Une technologie qui confère aux véhicules autonomes une spécificité unique au monde, grâce, notamment, à leur capacité à franchir des ronds-points. Le véhicule repère ainsi des éléments, tandis que l’infrastructure, elle-même munie de capteurs, lui offre davantage d’anticipation. « L’idée, par exemple à l’arrivée d’un rond-point, est d’anticiper la circulation sur les autres voies de manière à éviter les freinages brusques ou à permettre la décision de passer. » C’est cet équilibre-là qui est recherché par les développeurs, la technologie ne permettant pas encore un niveau de détection et d’anticipation aussi naturel que celui des humains.

©Jean-Brice Lemal - juin 2018

Une première européenne

Ce qui donne le caractère innovant à ce projet, et attire des délégations du monde entier, c’est la vitesse. Là où les expérimentations similaires restent à 12km/h, bien souvent sur voies dédiées, les véhicules autonomes circulent à la vitesse de 30km/h sur voie ouverte.  « C’est pour cela que l’enjeu d’anticipation et de sécurité est au cœur des préoccupations. Puisque ça va plus vite, cela génère plus de données à analyser dans un temps plus rapide, c’est une marche technologique énorme ! » précise Peggy Louppe. Aujourd’hui, les premiers tests sont positifs. « Ce qui impressionne vraiment, c’est le volant qui tourne tout seul, le clignotant qui se déclenche… »

Pour le moment, le véhicule autonome a 3000 km au compteur, soit l’équivalent d’un Rouen-Moscou ! 

Si le parcours deux est en cours de test et devrait s’ouvrir au public sur demande, au premier trimestre 2019, - les trois devant être finalisés en cours d’année – il reste de nombreuses étapes avant l’ouverture au grand public et le lancement officiel de l’appli. « Aujourd’hui, la réglementation française n’autorise pas la mise en circulation des voitures autonomes, c’est-à-dire sans chauffeurs. Une première reste une première, nous sommes dans la co-construction avec le ministère : la sécurité reste la priorité ! » Une évolution qui dépendra notamment du nombre de kilomètres parcourus sans intervention des safety drivers, ces conducteurs du réseau, formés à être vigilants, et qui n’interviennent que lorsque c’est nécessaire. Des premiers tests concluants, du public « bluffé », et un accent sur la sécurité qui rassure. Les ingrédients réussis d’une mobilité innovante, imaginée et expérimentée… en Normandie !

Le PCC de Transdev ©Jean-Brice Lemal - juin 2018

(vidéo présentant le service / Métropole de Rouen)

Le Saviez-vous ? (Petit glossaire utile)

CES Las Vegas : Si de nombreux pays du monde sont venus observer ou tester les véhicules autonomes développés à Rouen - Allemagne, Egypte, Thaïlande, Iran, Etats-Unis, Nouvelle-Zélande, Chili, Japon, Australie, Canada, Mexique… - une délégation du Rouen Normandy Autonomous Lab est également présente au CES de Las Vegas (6 au 12 janvier) pour présenter les avancées du 1er service de mobilité autonome sur routes ouvertes d’Europe.  

I-Cristal : En parallèle, Transdev développe actuellement une navette « I-Cristal », d’une capacité de 16 places. Au contraire des Zoé, cette navette ne dispose pas de poste de conduite – il n’y a ni volant, ni pédales – et circulera également à la vitesse de 30km/h sur voie ouverte. Elle se destine notamment au troisième parcours identifié dans la zone du Madrillet, à vocation commerciale. Cette nouvelle capacité d’accueil – les passagers pourront se tenir debout – représente un vrai défi pour les développeurs, notamment en termes de sécurité et de freinage. Une navette qui pourrait être ouverte au test du public d’ici à la fin 2019 !

Les grandes étapes :

Un an seulement s’est passé entre la signature de la convention entre les partenaires, en octobre 2017 et le moment où le véhicule autonome a pu accueillir du public (sur demande). Octobre 2017 : travaux sur les infrastructures connectées (ronds-points) ; novembre 2017 : travail sur le PCC, le poste de régulation situé au théâtre des arts ; en janvier 2018, début d’enregistrement des parcours : ces données ont été ensuite transférées aux véhicules autonomes courant mars. En avril : tests et marche à blanc avant le lancement officiel lors de la conférence de presse nationale et internationale fin juin. Septembre 2018 : premier accueil du public avec une cinquantaine de panelistes inscrits via les réseaux sociaux et le site internet. 

Communication, recherche de financements, recherche et développement se poursuivent, avec de nombreux tests sur de nouveaux équipements sur le véhicule pour répondre aux conditions réelles (nuit, brouillard, …).

Sécurité :

Ne pas brûler les étapes ! L’autre spécificité des véhicules autonomes développés par le Rouen Autonomous Lab, et qui garantit un niveau de sécurité supplémentaire, c’est que les véhicules autonomes sont reliés au PCC de Transdev - le poste de contrôle où le réseau entier de transport en commun est supervisé par des opérateurs. Mais si l’opérateur présent au PCC peut dialoguer avec le safety driver et les occupants des véhicules autonomes ou opérer une réduction de la vitesse ainsi qu’un arrêt d’urgence en cas d’intempéries, son intervention reste limitée afin de ne pas laisser de prise aux interventions extérieures (hacking). 

 

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