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Dernièrement en Normandie

Pantechnik : ces Normands qui innovent dans l’infiniment petit

Pantechnik : ces Normands qui innovent dans l’infiniment petit

Sources, plasma, ions, faisceau, particules… ces mots ne vous diront probablement rien, pourtant ils sont le quotidien de Fabrice, Sylvain, Anthony, Didier, Ludovic, Gabriel, Charles, Pierre et Sylvie… Tous composent l’équipe de cette entreprise innovante située à Bayeux, qui développe, conçoit, produit ou installe des sources d’ions ECR (Electron Cyclotron Resonance) à destination du secteur médical, de la recherche et de l’industrie. Un acteur normand incontournable de physique atomique, qui travaille pour les pays du monde entier. Décryptage.

Aux origines : spin-off du GANIL

Pantechnik, créée en 1991, est issue du GANIL, le Grand Accélérateur National d'Ions Lourds de Caen. Sa direction est divisée en deux instances : à 82% par Sominex, société voisine, spécialisée dans les secteurs de haute technologie et à 18% par SAPHYN, collectif d’investisseurs locaux mené par la Région pour promouvoir l’application médicale. « Notre cœur de métier, c’est la création et la fourniture de sources d’ions ECR, pour résonance cyclotron électronique : ce sont des enceintes à vide entourées d’un circuit magnétique spécifique, qui, par chauffage des électrons au sein du plasma, vont produire des faisceaux de matière pour des accélérateurs de particules » explique Pierre Salou, docteur-ingénieur chez Pantechnik.

Les sources d’ions ECR ont été inventées à l’origine par Richard Geller au centre d’études nucléaires de Grenoble dans les années 70, « ce qui a fait de la France un pays pionnier dans ce domaine. » Généralement sous forme de cylindres, ces sources ont différentes destinations, selon les secteurs dont sont issus les clients.

Vue extérieur. Crédit Pantechnik

Pause info ! Pour éclairer ces quelques lignes et comprendre en quoi Pantechnik est une entreprise innovante, voici un petit rappel de vos cours de physique chimie…

La matière, c’est-à-dire tout ce qui compose les corps qui nous entourent, avec une masse et un volume, est constituée d’une multitude d’atomes invisibles. Ces atomes sont eux-mêmes constitués d’un noyau autour duquel gravitent des électrons. Une fois ces bases posées, on imagine bien que cet infiniment petit requiert des appareils surpuissants pour le comprendre : c’est le principe des accélérateurs de particules. En clair, les atomes sont accélérés pour permettre de les étudier. 

Dans ce cadre, Pantechnik conçoit des « sources » ou injecteurs (petit accélérateur qui a pour vocation à être raccordé à un plus grand) : des machines qui servent à créer des ions à la base de l’accélérateur, c’est-à-dire des atomes portant une charge électrique. Ils sont ainsi prêts à être accélérés et étudiés.

Applications innovantes

Passée ces premières définitions d’usage, passons aux applications concrètes.  Les technologies de l’accélérateur servent par exemple dans le domaine médical, pour l’hadronthérapie, technique innovante pour traiter les tumeurs cancéreuses à l’aide de particules. « La maladie est traitée par les ions, par la protonthérapie ou la carbone thérapie. » Si la protonthérapie se développe un peu en France – une 3ème machine est en cours d’installation à Caen – la carbone thérapie n’est proposée pour le moment qu’à quelques rares endroits du monde. Notamment en Italie et en Autriche, grâce au CERN, en Allemagne, en Chine ou encore au Japon, qui s’est engagé très tôt dans ce type de lutte contre le cancer. « Ce sont des traitements très spécifiques et très coûteux. Toutes les machines dans le monde en carbonethérapie, hormis au Japon, utilisent nos sources » précise Pierre.

Autre application, plus industrielle cette fois, dans le domaine pharmaceutique où les injecteurs d’ions sont utilisés pour trouver des traces de molécules. Des sources utilisées également dans le domaine archéologique pour la datation carbone. « Notre troisième destination est la recherche. Nous travaillons avec beaucoup de laboratoires de physique nucléaire et atomique. »

Elément de diagnostique faisceau : la coupelle de Faraday permet la mesure de l'intensité du faisceau en l'interceptant. Crédit Pantechnik

Laboratoires, industries, universités…

Au fil des années, l’offre de Pantechnik s’est étoffée. « Aujourd’hui, on est capables d’offrir des machines prêtes à l’emploi : on fabrique les sources et tout ce qu’il y a autour pour fournir un faisceau d’ions aux accélérateurs, mais aussi l’alimentation électrique, l’automatisation, la certification, le diagnostic… » Le catalogue est riche, les compétences également. Imaginés dans de grands laboratoires, comme le CEA, le CERN ou le GANIL, ces produits vont être industrialisés et simplifiés ensuite par l’entreprise bayeusaine, qui va être capable d’adapter les équipements chez les clients en fonction de leurs demandes. « L’idée est de les rendre plus robustes et plus faciles à l’usage. » Pour exemple, le SUERC, laboratoire écossais, s’est adressé à Pantechnik pour développer leur méthode de mesure carbone 14. « On a prouvé la faisabilité et nous sommes allés voir NEC aux Etats-Unis, un des leaders mondiaux de ce type de machines, pour faire une collaboration tripartite et se partager ainsi le bénéfice des ventes. En ce moment, on développe le prototype et nous sommes en démonstration pour de futurs acquéreurs » explique Pierre.

Sources de haute intensité ou multichargées, instruments de mesure… « On fabrique aussi des diagnostics, que l’on vend au GANIL, au CERN et bientôt en Russie. C’est un système d’analyse pour mesurer la qualité du faisceau, c’est-à-dire sa capacité à être guidé dans le reste de l’accélérateur d’ions. » L’équipe de Pantechnik assure également l’installation, le suivi et la formation, le cas échéant. « Nous intervenons par exemple au sein des hôpitaux pour former les opérateurs à la compréhension de ce qui se passe réellement pendant leurs process. » 

Ces multiples atouts participent indéniablement au rayonnement de la Normandie, qui prend une place reconnue dans un secteur de pointe. Pour preuve, Pantechnik, membre de la filière normandie Nucléopolis, sera présente à « l’International Particle Accelerator Conference » (IPAC’18) du 29 avril au 4 mai prochain qui se tient cette année à Vancouver au Canada. L’IPAC (la Conférence Internationale sur les Accélérateurs de Particules) est un évènement majeur et international de l’écosystème, où plus de 1 200 participants et 70 stands du monde entier sont attendus.

Montage de la plateforme d'implantation ionique pour l'université d'Allahabad (Inde). Crédit Pantechnik

Glossaire :

  • Le CERN : L'Organisation européenne pour la recherche nucléaire, aussi appelée laboratoire européen pour la physique des particules et couramment désignée sous l'acronyme CERN, est le plus grand centre de physique des particules du monde. Il est situé à Bern, en Suisse.
  • Le GANIL, Grand accélérateur national d'ions lourds, est un très grand équipement situé à Caen et au service de la recherche française, européenne et internationale. Le GANIL est aujourd'hui l'un des grands laboratoires du monde pour la recherche avec des faisceaux d'ions.
  • CEA : Le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique) est un organisme de recherche sur la défense et la sécurité, les énergies nucléaire et renouvelables, la recherche technologique pour l'industrie et la recherche fondamentale en sciences de la matière et de la vie.
  • SUERC : Scottish Universities Environmental Research Centre (organisme de recherche commun aux universités de Glasgow et d’Édimbourg, situé en Ecosse)
  • SOMINEX : Industrie et centre de recherche située à côté de Pantechnik à Bayeux. Sominex est spécialisée dans les systèmes intégrés de vide et ultra-vide pour les domaines des sciences ; la conception, fabrication et distribution d’équipements destinés à la prospection pétrolière et dans la conception de produits innovants à haute valeur ajoutée pour la défense. C’est également un acteur majeur de la recherche, du développement collaboratif et de la fabrication de machines innovantes à destination du secteur médical, et un fournisseur de rang 1 dans les métiers du nucléaire depuis plus de 20 ans.

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