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Journées Européennes des Métiers d’Art : Thibault Guilmin, le Normand qui réinvente le clavecin

Journées Européennes des Métiers d’Art : Thibault Guilmin, le Normand qui réinvente le clavecin

Depuis 12 ans, les Journées Européennes des Métiers d’Art permettent aux artisans de témoigner de leur savoir-faire. Cette année, à travers le prisme de la thématique « Futurs en transmission », ce sont près de 300 manifestations qui s’organisent en Normandie.

Dans ce cadre, et pour la 2èmeannée consécutive, le Pôle ATEN* et la Chambre des métiers et de l’artisanat s’associent au Dôme, centre de culture scientifique, technique et industrielle de Caen. Créateurs, restaurateurs, réparateurs, accordeurs mais aussi artistes et fabricants sont ainsi invités à s’exposer et à introduire l’innovation dans leurs savoir-faire en s’appropriant les technologies numériques développées par le Dôme.

*Rattaché à la Chambre des métiers et de l'Artisanat interdépartemental Calvados-Orne, le pôle ATEN est spécialisé en technologies numérique et a comme objectif de faciliter l'appropriation et l'accompagnement à l'usage des technologies numériques par les entreprises artisanales et les TPE.

A l’image de Thibault Guilmin, réparateur et accordeur de piano de 29 ans, installé à Morteaux-Couliboeuf. Né à Falaise, il est également créateur d’un clavecin innovant, inauguré le 8 mars dernier par la claveciniste ukrainienne Maryna Voznyuk, et qu’il expose au Dôme les 7 et 8 avril. Rencontre.

Comment êtes-vous devenu artisan d’art ?

"Après le lycée option musique, je suis parti faire un BTS génie des équipements agricoles au CFA Le Robillard à côté de Saint-Pierre-sur-Dives dans le pays d’Auge. Mais la musique me manquait : je suis allé en fac de musicologie à Rennes, ainsi qu’au conservatoire au Rennes, en orgue et en euphonium. Après 5 ans au conservatoire, comme j’étais plutôt doué de mes mains, je me suis intéressé à la facture instrumentale, qui alliait le côté musique et le côté technique. Je suis donc entré à l’Itemm (Institut technologique européen des métiers de la musique) au Mans pendant 3 ans pour obtenir mon brevet des métiers d’art, technicien piano. Dans le cadre de cette formation, j’étais en apprentissage chez un facteur de clavecin, à Paris, le plus ancien de France, Claude Mercier-Ythier. C’est lui qui m’a transmis le savoir-faire de la fabrication des clavecins."

Comment est venue l’idée de ce clavecin innovant ?

"C’était pendant mes études, en 2015, dans le cadre de ma formation. Le clavecin ne plaît pas toujours parce que les gens trouvent le son trop métallique, trop brillant. J’ai donc voulu proposer un clavecin avec un son au goût du jour, plus doux, plus rond, et avec plus de basses. J’ai allié certains matériaux modernes et d’autres traditionnels et j’y ai travaillé pendant deux ans avec l’aide de mon oncle, Alain Boucret, qui sera présent au Dôme pour présenter l’instrument. Je l’ai orienté plutôt pour de la musique actuelle ou du Jazz."

C’est sûrement très technique mais quelles sont les modifications que vous avez apportées ?

"J’ai lu beaucoup de thèses et d’études scientifiques sur l’analyse musicale, sur le piano, la harpe et la guitare. Avec ça, je me suis lancé dans la fabrication de l’instrument en inventant une mécanique suspendue au-dessus des cordes, ce qui n’avait jamais été fait. Cela a permis de libérer beaucoup de choses dans l’instrument, notamment d’agrandir la table d’harmonie d’environ 1/3 par rapport aux instruments traditionnels. Habituellement, le chevalet – qui fait la transmission du son entre les cordes et la table d’harmonie – est courbe et coincé dans la pointe du clavecin. J’ai également créé un chevalet rectiligne en plein milieu de la table d’harmonie pour lui apporter une meilleure mobilité. Le son a désormais plus de basses, et semble donc plus doux et plus rond."

Peut-on toujours parler de clavecin ?

"Oui, dans la mesure où j’ai gardé la mécanique très spécifique du clavecin, le sautereau, qui est un dispositif qui pince les cordes du clavier et qui a donné son nom à l’instrument…"

En tant qu’artisan, quel est votre point de vue sur le Dôme ?

"Le Dôme est un centre d’innovation et propose de nombreux outils d’aujourd’hui auxquels, nous, artisans, n’avons pas forcément accès chez nous. Dans le cadre des JEMA, c’était l’endroit idéal pour présenter un instrument innovant et pour découvrir ce que l’on peut faire aujourd’hui. Grâce à leur équipement numérique, je pense faire appel à eux pour fabriquer certaines pièces à l’avenir, et voir comment gagner du temps dans la conception d’un futur prototype."

Avez-vous déjà des idées de nouveaux prototypes ?

"Pour le moment, le prototype que j’ai créé ne fait que 16 notes. Mon objectif est de faire un instrument de 30 notes pour voir si le son va bien dans la direction que je souhaite. Et si cela fonctionne bien, l’idée est de faire un grand instrument de 60 notes afin de le commercialiser."

Je suis très content d’être revenu en Normandie. Ce qui m’a fait plaisir, lorsque je me suis installé en octobre dernier, c'est que le conservatoire de Caen m’a appelé pour que je m’occupe de leur parc de pianos. Depuis, je travaille pour eux ainsi que pour l’orchestre de Caen : j’accorde les instruments pour leurs concerts. Je suis très content d’avoir été accueilli comme cela: c’est une vraie marque de confiance.

Thibault Guilmin en bref...

  • Né en 1989 à Falaise
  • Musicien et habile de ses mains, il est passé par le CFA Le Robillard à côté de Saint-Pierre-sur-Dives, le fac de musicologie et le conservatoire de Rennes avant d'entrer à l’Itemm (Institut technologique européen des métiers de la musique) au Mans pendant 3 ans pour obtenir son brevet des métiers d'art, technicien piano
  • Il est installé à son compte depuis octobre 2017 comme technicien en facture instrumentale piano et clavecin à Morteaux-Couliboeuf 
  • Il est le créateur d'un clavecin unique au monde et innovant inauguré le 8 mars dernier par la claveciniste ukrainienne Maryna Voznyuk
  • Un instrument à découvrir dans le cadre des Journées Européennes des Métiers d'Art au Dôme, à Caen

> Exposition
Le week-end des 7 et 8 avril, plusieurs artisans d’art des métiers de la musique exposeront leurs savoir-faire de la facture instrumentale : créateur, restaurateur, réparateur, accordeur…        
> Atelier « métiers d’art & numérique » au FabLab
Artisans, artistes, makers, seront invités, le samedi après-midi 7 avril, à partager leurs savoir-faire autour des ressources et technologies du Dôme (impression 3D, découpe et gravure laser, usinage, découpe vinyle, électronique, fraiseuse numérique, ...) pour réaliser des objets créatifs et originaux en vue d’une œuvre collective.

Lieu, horaires et accès :
Le Dôme - 3 Esplanade Stéphane Hessel - 14000 CAEN
Samedi 7 avril : 14h / 18h - Dimanche 8 avril : 12h / 18h 



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